Au fil de la Lune

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Écologie de la couture

Quand je me suis lancée dans la couture, c'était dans un but bien précis : créer 2-3 bricoles pour ma mini, comme les balles de préhension Montessori qui étaient quasi introuvables en magasin à ce moment là. Pas d'investissement. J'ai acheté du tissu, découpé mes pièces (merci Adeline pour ce tuto qui a fait le tour de la toile), et j'ai filé chez Popeline, l'atelier de couture près de chez moi.

 

Et ça m'a plût. Vraiment beaucoup !

 

Alors je me suis mise à coudre quelques vêtements enfants, puis rapidement des vêtements pour moi. J'ai acheté des patrons, du tissu en veux-tu en voilà, je me suis plantée dans certains choix par manque d'expérience...

Et en parallèle une autre idée a fait son chemin : en cousant, je devenais davantage actrice de ma consommation textile.

 

Depuis quelques temps, l'idée de faire un article sur le sujet me taraude, et j'ai mis un moment à choisir la forme que je lui donnerais, et à sélectionner son contenu tant le sujet est riche.

Aujourd'hui je vais donc vous parler de tout ça en focalisant sur les fibres naturelles végétales, sans être exhaustive puisque cette problématique est extrêmement complexe et que je veux que l'article reste lisible ;-)

Je compte sur vous pour me donner votre avis sur la question !

 

 

1. La fabrication

 

Tout d'abord, faisons un point sur les grandes étapes de fabrication d'un vêtement en coton :

 

fabrication-textile.png

 

2. Les problèmes induits

 

* Des ressources menacées

 

Le cas du coton

La culture du coton représente à elle seule 25% des pesticides vendus dans le monde, alors qu'elle ne couvre que 2,5% des terres agricoles. Ces pesticides polluent durablement la terre mais aussi l'ensemble des ressources en eau alentours.

Ils ne sont pas les seuls à contaminer les sols puisque le coton est ensuite traité chimiquement dans les usines de fabrication avec des teintures et apprêts contenant du chlore, du formaldéhyde ou encore des métaux lourds.

 

Cette culture est particulièrement gourmande en eau, puisqu'il faut entre 7000 et 29 000 litres d'eau pour produire 1kg de coton ! Il s'agit du 3ème plus gros consommateur d'eau d'irrigation au monde.

 

Enfin, l'utilisation d'OGM est monnaie courante dans la culture de fibres textiles, au travers des engrais destinés à renforcer des plans affaiblis par la monoculture (voir aussi Coton Bt). Ces usages ne sont pas sans impact pour les cultures alimentaires environnantes (souvent soja et/ou maïs)...

 

tshirt-25000l.png

 

 

Le cas du bambou

Souvent présenté comme l'alternative écolo, le bambou étonne par sa douceur. Il a l'avantage de pousser sans pesticides, sans engrais, de consommer moins d'eau que le coton. Il est en plus naturellement antibactérien. Tout pour plaire ? Pas vraiment...

En réalité, les fibres de bambou sont rarement utilisées telles quelles, et cette matière très douce que nous connaissons est de la viscose de bambou (ou lyocell). Elle est obtentenue par traitement chimique lourd de la cellulose du bambou... (1)

 

Vous êtes déçues ? Moi aussi ! Décidément le green washing fait bien son travail...

 

piscines.png


 

* La Vie en danger

 

Les humains

Chaque année, 22 000 personnes meurent à cause des produits chimiques entrant dans la fabrication ou le traitement du coton... Oui 22 000. Les fabricants le savent, les produits incriminés sont pour la plupart interdits en Europe, mais les donneurs d'ordres s'en moquent puisqu'ils font produire dans des pays non concernés par ces réglementations. 

Et puis il y a tous ceux dont le quotidien -leur travail, leur alimentation- est contaminé par ces produits et qui à défaut d'en mourir développent de graves maladies. 

 

Il y a aussi les drames comme celui du Rana plaza en avril 2013. Souvenez-vous, cet immeuble de la honte qui s'était écroulé en faisant plus de 1300 victimes. 

 

 Bangladesh.jpg

image : oulala.info

 

Enfin, vous avez peut-être vu ce documentaire sur Arte qui montrait les coulisses du transport de vêtements dans les cargos, et la quantité astronomique de pesticides qu'on pulvérise dans les containers pour éviter que leur chargement n'arrive dévoré à sa destination. Encore une bonne raison de laver son tissu avant de l'utiliser !. 

Tout le monde sait dans quelles conditions sont fabriqués les vêtements que nous achetons, je ne vais pas m'étendre sur le sujet. Je suis sensible à ces arguments éthiques, et souvent assez abattue de voir que le choix est encore si restreint pour consommer responsable.

 

 

Les animaux

 

Avec la monoculture, l'agriculture intensive, l'usage d'OGM, de pesticides, les producteurs déréglent tout l'équilibre naturel des milieux dans lesquels ils cultivent. L'impact est énorme sur la biodiversité, même si nous le voyons moins et qu'il nous semble moins préoccupant que le sort des humains. Pourtant, tout cela est si intimement lié...

 

 

 

3. Les solutions disponibles

 

C'est là que la couture entre en jeu : En cousant, je passe outre la partie "confection" de la chaîne et les problèmes éthiques qu'elle pose avec la plupart des marques de vêtements. 

En choisissant des textiles plus respectueux, je peux aider à limiter l'impact de mes achats sur l'environnement et sur la vie. Ce n'est certes pas une solution parfaite, mais existe-t-elle ? J'ai en tout cas quelques pistes à vous proposer...

 

A différents niveaux, nous pouvons opter pour des matières plus respectueuses de l'environnement, de l'humain, mais aussi de notre santé, en choisissant par exemple :

1. d'acheter du coton bio avec teintures naturelles (sinon le bio perd grandement de son intérêt)

2. de s'orienter vers des nouvelles fibres naturelles, bien qu'elles soient encore difficilement trouvables : ortie, cyprès hinoki, pin blanc, tourbe, apocyne, canne à sucre, ou encore Seacell, Lenpur, fibres de soja... Si si, tout ça existe en textile !  (3)

3. de faire confiance à certains labels (je vous en propose quelques uns ci-dessous)

4. de réutiliser des vêtements existants, que ce soit pour les customiser ou pour découper de nouvelles pièces à coudre dedans

 

 

Parmi les fibres naturelles, il y en a 2 que l'on trouve plus facilement que celles mentionnées juste au-dessus, ce sont le lin et le chanvre.

Le lin est considéré comme le plus vieux textile du monde. Il a la propriété d'être un excellent thermorégulateur et se porte donc été comme hiver. Il est 2 à 3 fois plus résistant que le coton, et est naturellement anallergique. 

Sa culture est possible partout dans le monde, mais 3 pays se partagent 60% du marché mondial : la France, la Belgique et les Pays-Bas.

Le chanvre quant à lui est anti-bactérien, environ 8 fois plus résistant que le coton et permet un transfert thermique rapide.

Sa culture ne nécessite aucun usage de pesticide ou herbicide. 

 

Ces deux végétaux se plaisent parfaitement en Europe et permettent ainsi un approvisionnement en circuit court et une meilleure traçabilité.

 

le-lin.png
champ de lin en fleurs - champ de lin, arrachage des tiges placées en andains - peignage et filature - tissage par  Serial Fileuse

 

 

Les labels

 

otlogo-print-cmyk.jpg  

Oeko-Tex 100 et 1000 sont apposés sur des textiles ne contenant pas d’éléments chimiques nocifs pour l’humain et son environnement.

Oeko-Tex 100 garantit que les textiles ne contiennent pas de substances indésirables pour la santé et pour la peau.

Oeko-Tex 1000 garantit non seulement que les textiles ne contiennent pas de substances indésirables, mais aussi que les fabricants respectent des normes écologiques de production sévères.

 

gots.jpg 

Gots (Global Organic Textile Standard) garantit que le textile contient au moins 70% de fibres biologiques et que les intrants chimiques utilisés sont conformes à un cahier des charges défini selon des normes environnementales strictes. 

 

biore.gif 

BioRe est un label d'origine Suisse qui garantit pour le coton une culture biologique, l'absence de produits chimiques dans les teintures, l'utilisation exclusive d'eau oxygénée pour le blanchiment, l'absence de formaldéhyde, ainsi que le respect de la norme SA 8000 qui comprend l'interdiction du travail des enfants, la fixation de minima sociaux et l'encadrement des horaires de travail.

 

 

 

Où s'approvisionner ?

 

Sur le net, j'ai référencé quelques sites qui proposent des tissus bio / éthiques. Je ne les ai pas tous testés, j'en dresse simplement une liste qui sera amenée à être complétée.

Si vous le souhaitez, n'hésitez pas à me recommander un marchand dans les commentaires, c'est aussi grâce à vous que cette liste s'étoffera. 

Et pour vos commandes, pensez aux groupes facebook locaux, qui peuvent vous permettre de les grouper et ainsi d'économiser sur les frais de port ! Par exemple en Gironde il y a Le fil des girondines comme groupe de couseuses.

 

* Fil Etik - Un site lancé fin 2014 grâce à une campagne de crowfunding que j'ai relayée sur la page facebook du blog. Vous y trouverez popeline, batiste, gabardine, jersey, mais aussi biais et fil ! Le projet d'Aurélie et son engagement en font mon petit chouchou, et je lui souhaite de pouvoir développer encore son offre prochainement.

 

Bio tissus - Vous y trouverez du coton, du lin, du jersey, mais aussi du jean, de l'éponge ou encore de la teinture végétale, le tout BIO bien sûr !

 

* Organic Cotton Plus - Le site d'un fabriquant US, plus exactement du premier fabriquant à avoir reçu la certification GOTS pour la totalité de ses produits. Une vraie mine d'or, c'est ma jolie découverte !

 

* Les Trouvailles d’Amandine - Je suis sûre que ça vous parle... Voici plusieurs saisons que Deer&Doe s'associe à cette maison d'édition pour proposer une gamme à son nom. Vous les trouverez donc sur le site aux côtés des tissus Madame Mo et de la très large gamme Amandine Cha-Dessolier bien sûr.

 

* Linna Morata - Ici aussi vous trouverez quelques tissus bio, particulièrement recommandé pour celles qui aiment les motifs façon "Designers Americains".

 

* A&A - Ce site propose un choix réduit en nombre de références mais a l'avantage de présenter une offre en chanvre assez large puisqu'on peut trouver toile, jersey et sweat dans cette fibre.

 

 

Ainsi, le fait de coudre ses vêtements peut devenir un véritable acte engagé, sans grand effort quand il s'agit d'une passion Clin d'œil, mais qui limite l'impact négatif de la production de vêtements.

 

J'en ai fini de cet article un peu particulier qui je l'espère aura retenu votre attention jusqu'au bout.

 

Je conclus simplement en appelant les merceries en ligne et magasins de tissus à se pencher sur la question, et à introduire davantage de tissus bio / éthiques dans leurs gammes. Je suis toujours très étonnée de voir que de gros sites de vente en ligne aient un assortiment si réduit (voire inexistant) et que des magasins comme Mondial Tissus ou Diffus'Laine, ne proposent pas ce choix à leurs clientes. 

 

 

***

 

 

Pour aller plus loin...

La mode tendance toxique sur Consoglobe 

Enquête Greenpeace "Les dessous toxiques de la mode" 

Un article détaillé sur Sweatshop - deadly fashion et la vidéo sous-titrée en anglais.

Sur ce billet vous trouverez une liste non exhaustive des marques bio / éthiques du prêt-à-porter responsable.

Ici un document synthétique en pdf réalisé par l'UNEP (United Nations Environnement Programme)

Une opération coup de poing initiée par Greenpeace en Indonésie.

Enfin, si vous voulez creuser le sujet, je vous invite à consulter l’éco-défi du mois de février des Echos Verts.

 

Sources :

(1)  http://www.consoglobe.com/les-vetements-en-bambou-sont-ils-vraiment-ecologiques-cg/2

(2)  http://www.planetoscope.com/consommation-eau/1599-consommation-d-eau-pour-faire-des-teintures-textiles.html

(3)  http://www.consoglobe.com/nouvelles-fibres-textiles-ecologiques-cg



26/03/2015
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